Le Mahomet de l’histoire :

il escomptait la venue imminente du Messie (-Jésus / deux sources)

Coran 2,219: seul un juif (nazaréen) pouvait utiliser le mot de maysir

+ Extraits de la 3ème Partie du livre 

[Courriel] Je suis un lecteur (devenu) enthousiaste, et je viens de "découvrir" le hadith suivant :

« Par Celui qui tient mon âme en sa main, la descente de Jésus fils de Marie est imminente ; il sera pour vous un arbitre juste, il cassera la croix et tuera les porcs. Il mettra fin à la guerre et il prodiguera des biens tels que personne n'en voudra plus. En ce moment-là, une seule prosternation sera meilleure que le monde et son contenu ». Puis Abu Hurayra dit : « Lisez, si vous voulez les propos d'Allah : "Il n' y aura personne, parmi les gens du Livre, qui n'aura pas foi en lui avant sa mort. Et au Jour de la Résurrection, il sera témoin contre eux" » (Coran 4,159) (selon Bukhari 6/496 et Muslim 2/189).

Ce hadith colle parfaitement avec le fait que les judéonazaréens auraient convaincu les arabes d'une descente de Jésus imminente pour massacrer les non-croyants et faire venir un paradis luxuriant… Que ce hadith est correct est vraisemblable car quel intérêt y aurait-il à conserver un hadith décrivant une fausse prophétie de Muhammad ?

Cordialement, M.N.

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Cher ami lecteur,

Les deux témoignages

... Dans l’exemple que vous citez, on peut distinguer assez facilement la tradition authentique, qui forme seulement la première moitié du hadith, de ce qui a été ajouté plus tard (en vert clair). C’était vraiment la pensée des judéonazaréens que d’imaginer leur Messie-Jésus revenant à Jérusalem et détruisant la croix (quant au fait de tuer les porcs, cela paraît aussi absurde qu’inutile : il s’agit là encore d’une addition postérieure). L’important est la phrase attribuée à Muhammad :

« La descente de Jésus fils de Marie est imminente ».

Justement, c’est exactement ce que dit l’unique témoignage contemporain, une lettre envoyée par un juif rabbinique à son frère, et conservée dans la Doctrina Jacobi :

« il proclamait la venue du Messie qui allait venir ».

C’est à cause et en vue de cette attente que le vin et toute boisson fermentée ou provenant du raisin était interdite par les judéonazaréens : ils appliquaient la consigne de la Bible relatif à ceux qui font un vœu à Dieu (c’est-à-dire qui se consacrent à Lui pour un temps, les nazirs) :

Parle aux fils d’Israël et dis-leur : Lorsqu’un homme ou une femme s’engage par vœu de naziréat à se consacrer à YHWH, ce nazir s’abstiendra de vin (yayin) et de boissons alcoolisées (shékâr) : …; il ne boira aucun jus (mišerâh) du raisin et ne mangera ni raisins frais ni raisins secs”

(Livre des Nombres 6,1-3).

Très cordialement, EMG

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Le mot « maysir »en s.2,219 •

Ceci explique un mot incompréhensible du Coran. En en s. 2,219, on trouve l’interdiction bien connue du vin selon une formule énigmatique : “le vin [al-hamr] et le maysir”. La suite du verset précise : “Dans les deux, il y a grand péché et quelques avantages pour les gens mais pour les deux le péché est plus grand que l’utilité. Ils sont donc mis en parallèle. On peut comprendre pourquoi le vin et tout jus de fruit puisse être utile dans une région où l’eau est rare et souvent polluée ; c’est donc malgré leur intérêt que le verset veut interdire le vin et parallèlement le maysir mais que peut bien vouloir dire ce terme (qui ne vise pas l’alcool) ?

Pour les commentateurs islamiques (et pour trop d’occidentaux), il est impensable de regarder dans les traditions juives. On a donc imaginé que le maysir serait un jeu de hasard, et joué de la main gauche ! Cette précision très imaginative vise à pallier l’absence totale de fondement ; et elle se trouve en contradiction avec la suite du verset lui-même : en quoi les jeux de hasard pourraient-ils être dits utiles ?

L’explication, on vient de la voir dans la Bible (Nombres 6,1-3). Sous la forme de mišerah [racine : msr], c’est le mot de maysir qu’on lit, et seulement à cet endroit ! Seul Dieu – ou un “fils d’Israël” (parmi ceux que le texte coranique donne en exemple) pouvait connaître un tel cas unique. Supposons que celui qui s’exprime dans le Coran soit humain – donc soit un fils d’Israël. La référence biblique concerne ceux qui se vouent à la « cause de Dieu ». Or, la sourate Al-baqarah s’adresse justement à de tels « voués à Dieu » (“ceux qui ont émigré” – s.2,218) en leur interdisant :

le vin et tout jus [de la vigne](s.2,219).

Comme dans la Bible, il ne s’agit pas seulement de leur éviter l’ébriété, alors qu’ils doivent « combattre pour Dieu ». Il y a autre chose. Dans la symbolique biblique, la vigne est l’expression de l’accomplissement et de la joie. C’est encore plus fort dans la tradition post-chrétienne des « Nazaréens ». Selon leurs écrits, ils interdisaient l’usage du vin et de tout ce qui s’en rapproche (alcool ou tout dérivé de la vigne) et des témoignages chrétiens anciens précisent que, dans leurs célébrations « liturgiques », ils remplaçaient le vin par de l’eau. En fait, ils voulaient réserver le vin des réjouissances pour le jour du retour (matériel selon eux) du “Messie-Jésus”. Ces témoignages renvoyaient à leur interprétation matérielle de ces paroles de Jésus :

Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le Royaume de mon Père” (Mt 26,29).

Or Jésus parlait là de sa manifestation glorieuse pour le Jugement et d’une Alliance nouvelle avec l’humanité entière qui s’ensuivra (ce n’est évidemment pas un « Beaujolais nouveau » qui est évoqué ici). En fait, toute l’attente des « Nazaréens » était tournée vers le jour inaugural d’un Royaume très terrestre « de Dieu »... et de ses fidèles.

On rejoint ainsi l’histoire réelle. Selon les deux témoignages vus plus haut, leur chef de guerre allié, à qui ils avaient donné le surnom prometteur de Muhammad, annonçait une telle espérance pour très bientôt. Les sources de ces deux témoignages (presque les seuls fiables que l’on possède) remontent à peu avant 626. À ce moment-là :

Les groupes nazaréo-arabes repliés à Médine pouvaient effectivement penser que la prise de Jérusalem était à leur portée, ce qui constituait, avec la restauration de la « Maison » (al-Bayt – le Temple destiné au culte), la condition même du « retour » du Messie-Jésus. En effet, des opportunités stratégiques alors s’offraient du fait de l’affaiblissement des deux empires en guerre l’un contre l’autre (Rome et la Perse).

En d’autres mots, un « croyant » pouvait escompter l’événement dans les quatre ans à venir, l’annoncer et… en même temps le provoquer par le fait même de son annonce et de l’organisation d’une expédition militaire destinée à le faire advenir.

C’est bien ce que fit Muhammad. L’action militaire tentée en 629, appuyée sur lui et sur ses Arabes, poursuivait ce but – aucune autre explication ne rend compte de ces diverses données (et d’autres encore – voir par ex. le début de la sourate 30 Ar-Rûm). On sait que ce fut un échec, les Byzantins défaisant la petite armée nazaréo-arabe et obligeant les survivants à regagner Médine. Muhammad y mourut trois ans plus tard.

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