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                      Interrogations interdites sur l’islam

            En cette époque de censures et d’interdictions de critiquer le système religieux islamique, il n’y a jamais eu autant de musulmans à se rendre compte que l’islam et eux-mêmes sont utilisés en fonction de grands intérêts géo-stratégiques. Egalement, il n’y en a jamais eu autant, même des jihadistes, à s’interroger sur l’accaparement de l’islam par l’Arabie Saoudite et par sa lecture fanatique destructrice – quoique pas fondamentalement faussée – des textes sacrés.

            Destructeur est le qualificatif qui s’applique même aux lieux saints de La Mecque. Cela fait des années que toute la vieille ville est démolie (à 90% maintenant) pour faire place à des hôtels ou à des magasins de luxe ; et aujourd’hui c’est à la « mosquée sacrée » elle-même que s’attaquent les pelleteuses de l’entreprise saoudienne de travaux publics Ben Laden (!).

           

            À la consternation s’ajoute la surprise que les excavations ne révèlent jamais rien de très ancien, ce qui est surprenant pour une ville que le discours obligatoire sur l’islam présente comme datant au moins de l’époque de Mahomet, voire d’Abraham, voire d’Adam. Les historiens savent que l’actuelle Ka‘ba est une reconstruction datant de 1631 ; quant aux colonnes de la mosquées, elles proviennent de la destruction de la Cathédrale chrétienne de San‘a (Yémen) au 8e siècle.

            Mais auparavant ? Et si La Mecque n’était pas le berceau de l’islam primitif ?

            Parmi les recherches récentes, celles de Dan Gibson ont éclairé cette question sous un angle nouveau, dans un livre et un vaste documentaire. Avant de devenir un lieu saint de l’islam officiel – celui du calife de Damas, ‘Abd Al-Malik, début 8e siècle –, La Mecque est supposée avoir été la capitale de l’anti-calife Al-Zubayr ; mais comment un lieu aussi aride et éloigné aurait-il pu l’être ? Remarquant que les directions de prières (ou qibla-s) des mosquées anciennes ne pointent vers La Mecque qu’après 725 (et il faut même attendre 822 pour voir toutes les nouvelles mosquées pointer en ce sens), Dan Gibson, s’est intéressé aux mosquées antérieures à 725, dont beaucoup paraissent orientées vers… Pétra en Jordanie. Là, on a en effet une base arrière vraisemblable pour l’anti-calife opposé aux maîtres de Damas.

            Pour autant, il ne faudrait pas conclure avec Gibson que Pétra aurait constitué le véritable lieu de naissance de l’islam mais qu’en tout cas, dans le désarroi lié à l’abandon de la qibla première vers Jérusalem, les nombreux partisans de Al-Zubayr se sont orientés vers sa capitale… sans exclure certaines qibla-s semblant pointer plus au nord, vers la Syrie.

            Notre travail de 2005 avait mis en avant le mont Abu Qobays, dont le sommet (en Syrie) portait un sanctuaire d’Abraham selon ce qu’on peut inférer d’une source islamique perse (El-Hawary H. M. et Gaston Wiet, Matériaux pour un Corpus Inscriptionum Arabicarum, Arabie, t.1, Le Caire-Paris, 1985, p.4) ; serait-ce un hasard si ce nom a été transféré plus tard à un mont situé au bord de la cuvette mecquoise ? De plus, justement près de là en Syrie se trouve un autre mont, Abu Ka‘ba – un nom qui n’a rien à voir avec cube mais avec un patronyme local ancien –: ne serait-il pas à l’origine de l’appellation du cube mecquois ?

            Ces indications et d’autres exposées dans le travail de recherche présenté sur ce site suggèrent que La Mecque fut fondée comme lieu de pèlerinage, donc après 660 sans que l’on puisse donner alors davantage de précisions – car justement, aucune source ne mentionne jamais Makkah (en Arabie) avant le 8e siècle. Les travaux de Gibson repoussent cette datation logiquement à l’époque de ‘Abd Al-Malik, après la défaite de Al-Zubayr (basé à Pétra plutôt qu’à La Mecque). En fin de compte, elle paraît la plus vraisemblable.

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